Trois générations de souvenirs

Dans la famille Monchoix, il y a Jean et Thérèse, les grands-parents, Françoise et Hervé, la fille et le gendre et Arnaud, le petit-fils. Au-delà du lien familial qui les unit, tous ont en commun d’être ou d’avoir été, un jour, à la tête de l’entreprise « Monchoix ». Tous partagent également une vision des relations commerciales basées sur la confiance réciproque entre l’entreprise et ses clients. Une « philosophie » liée à la personnalité de Jean Monchoix, 89 ans, fondateur de la société éponyme. « C’est notre vrai nom de famille. Un vrai nom de cadeau ! », sourit Jean. Pourtant, rien ne prédisait que la société Monchoix vendrait un jour des souvenirs. à ses débuts, en 1944, Jean fabrique des sabots. « J’ai eu mon certificat d’études à 13 ans. Puis je me suis arrêté là. À l’époque, les fils d’ouvriers n’allaient pas plus loin, raconte-t-il, modeste. J’ai décidé d’entrer en apprentissage. Je voulais être artisan, pour être mon propre patron.» Originaire de Plédran, dans les Côtes d’Armor, il entre en apprentissage chez un sabotier à Maroué(1). « À l’époque, le sabot était la chaussure principale. » Au bout de trois ans, Jean monte sa propre entreprise, avec son frère Toussaint. Il a 17 ans. « Au début, c’était une entreprise très modeste. Mon premier arbre, c’est mon voisin qui me l’a donné… Puis j’ai acheté mes premières machines, toujours d’occasion. » Pour l’aider à faire tourner la boutique, Jean peut compter sur Thérèse, sa femme, qui tient en parallèle son propre magasin. « Tout le temps, elle a été à mes côtés, en tant que secrétaire générale.»
Changement d’époque
Puis viennent les années 50-60. Changement d’époque. Le sabot chaussant décline, laissant la place aux chaussures modernes. En 1954, Jean fait évoluer son activité. « Je suis parti sur les sabots souvenirs. Cela existait déjà un peu. J’ai associé le sabot au baromètre, au thermomètre. J’allais les chercher dans le Jura. J’ai aussi fait des petits sabots, des porte-clés. Toujours avec les mêmes machines. J’avais déjà dans mes clients des petits commerçants et des épiceries. Ce sont eux qui m’ont sauvé. » Au fil du temps l’entreprise grandit. Jean peut s’acheter un camion, qu’il transforme. « On pouvait le visiter, se rappelle-t-il. J’allais sur les routes avec ma marchandise. C’est un gros travail de trouver des clients. Mais les miens m’aimaient bien, et moi aussi je les aimais bien. Certains sont devenus des amis. »
À la fin des années 70, la société Monchoix s’agrandit encore, avec l’arrivée d’Hervé Gicquel, gendre de Jean, mari de Françoise. « J’ai d’abord commencé à l’atelier de production, précise l’intéressé. Puis je suis passé commercial. Jean m’a confié une partie de ses clients. On a passé quinze jours sur les routes
ensemble puis il m’a dit ‘débrouille toi’. »
Un contexte favorable
À la même époque, le marché du sabot souvenir décline à son tour. La nécessité de diversifier sa gamme s’impose à Jean. Direction Vierzon (18) pour un stage de décoration sur porcelaine. « J’avais envie de voir comment on faisait, explique Jean, tout simplement. Après ça j’ai acheté un petit four. C’était parti ! Mais on n’a pas abandonné le bois tout de
suite. » Deux ans après Hervé, Françoise intègre à son tour l’entreprise, sur la partie administrative. L’activité porcelaine, achetée à Limoges, se développe.
Hervé est en charge de renforcer le réseau Bretagne, qui grossit. « Le contexte des années 70-80 était favorable pour le développement des souvenirs, précise Hervé. Les congés payés étaient installés depuis longtemps. Les gens avaient pris l’habitude de partir en vacances. On a vu les voyages organisés, notamment de retraités, se multiplier.»
Notre force : le terrain
En 1990, l’entreprise emploie huit salariés. Le temps de la retraite est venu pour Jean, qui, naturellement, transmet son entreprise à Hervé et Françoise.
Mondialisation et ouverture des marchés, début de l’informatisation… les deux nouveaux chefs d’entreprise font face à des évolutions majeures de leur activité. « Il a fallu apprendre de nouveaux métiers, explique Françoise. Se former à l’informatique, mais aussi à l’importation. » Pour répondre aux défis du marché, la société monte des partenariats au Portugal, puis en Chine. La matière première (produits blancs) est importée de l’étranger, mais « nos décors sont toujours dessinés, créés et posés ici, depuis l’origine. » En parallèle, Hervé, accompagné de Raymond qui a remplacé Jean en tant que commercial, se tourne vers la Vendée, la Normandie et la Charente-Maritime. L’atelier familial de Plédran commence à être étroit. « Il y avait un pas à franchir. On s’est dit: qu’est-ce qu’on fait ? » Pour trouver des réponses, Hervé frappe à des portes et trouve conseils auprès d’anciens chefs d’entreprise. En 2002, Monchoix emménage officiellement à Trégueux, dans des locaux neufs et agrandis. « Il a fallu déménager les fours. Ça a été toute une histoire ! », se remémore Françoise.
Avec Hervé sur le terrain et Françoise à l’administration, la société est maintenant bien implantée sur le marché du souvenir. « Notre force, c’est le terrain. Nous allons à la rencontre des clients. Souvent, ce sont eux qui nous donnent des idées sur les produits à développer. »
Des valeurs à transmettre
En 2014, soixante-dix ans après la création de l’entreprise par son grand-père, Arnaud Gicquel intègre lui aussi la société familiale. « On lui a d’abord dit ‘va faire tes armes ailleurs’, sourient ses parents. Il s’est débrouillé pendant 2-3 ans, puis a reformulé sa requête. Nous étions à trois ans de la retraite. C’était le bon moment. » Pour Arnaud, pas de doutes : « j’ai toujours voulu reprendre la société. J’ai fait mes études en fonction de ça », explique celui qui passait, enfant, ses mercredis après-midi à « poser des chromos(2) ».
En 2016, Arnaud reprend officiellement les rênes de l’entreprise. « En tant que parents, on a toujours des craintes, bien sûr. Ce n’est pas la même démarche qu’une simple vente d’entreprise. Mais aujourd’hui, on a confiance. Il est prêt », se réjouit Françoise.
Le jeune chef d’entreprise a une idée précise de la direction qu’il souhaite donner à Monchoix. Déjà, le catalogue de l’entreprise s’est enrichi de nouvelles marques et de collections thématiques. Comme son grand-père et ses parents avant lui, Arnaud a conscience qu’« il faut évoluer avec le marché. Une entreprise qui stagne est une entreprise qui meurt. »
Pour lui, reprendre l’affaire familiale, c’est « un peu plus de pression bien sûr. Je ne peux pas perdre le travail de deux générations. Les valeurs que porte l’entreprise sont très importantes : la transparence envers les clients, la confiance mutuelle et un travail côte à côte. Je rencontre les clients avec lesquels mon grand-père a lui-même travaillé, ou leurs petits-enfants. Par rapport à une reprise classique, l’objectif est plus beau, l’histoire
est plus belle. »
Magalogue n°01 - Monchoix 2017